
ÉPISODE 6
L'assassin.
Dans les épisodes précédents :
Combattant les Eliminati, un groupe de brigands bien organisés, les héros mettent à jour la duplicité du Don Berejano de Dalejo, a la tête de la ville. Plus dérangeant encore, le Don, qui fait l'acquisition d'artefacts syrneth, semble ne pas être véritablement humain ainsi que l'a constaté Diego en observant son ombre.
Prologue : dans l'obscurité...
Soldi 8 Decimus 1668
Le manoir de Berejano de Dalejo baignait dans l'obscurité de cette froide soirée hivernale. Un silence pesant régnait sur le bâtiment désert. Seule une ombre était éveillée. Nichée dans une alcôve, elle se dirigeât d'un pas résolu vers l'étage. Une, deux, trois portes ; c'était celle ci. L'ombre frappa à la porte et se tapit dans l'obscurité. Alors que Julian Berejano sortit sur le pallier, l'ombre agit : une fine lame était apparue dans sa main et elle la plongea dans le flanc du Don. C'est du moins ce qu'elle tenta de faire lorsque sa lame fut arrêté dans un bruit strident.
Prise au dépourvu par la tournure des évènements, l'ombre eut une seconde de flottement. Une de trop : Julian Berejano de Dalejo se jeta avec fureur sur son agresseur.
Acte I : ...je me prépare...
Veldi 9 Decimus 1668
Diego achevait le récit de sa captivité et des récents évènements de Dalejo. Tous les héros, réunis dans la librairie de l'université, étaient stupéfaits de découvrir en Julian Berejano de Dalejo la source de leur problème.
- Salvador et moi, continua le professeur, avons compulsé tous les ouvrages présents dans nos bibliothèques, sans succès. Aussi Celso et moi allons partir pour San Cristobal. J'ai bon espoir que leur université puisse nous en apprendre plus. Si entre temps vous mettez la main sur des information concernant la boite en question ou la véritable nature du Don, cela nous sera toujours utile. Quoiqu'il projette de faire, cela semble mauvais, et il nous sait au courant. Soyez donc prudents.
Lope semblait convaincu que la meilleure solution était d'organiser une révolte des citoyens contre Berejano de Dalejo. Mais ses quelques embryons de tentatives avortèrent rapidement : Dalejo aimait trop son Don pour se révolter. Et il y avait de plus la Messe du Prophète à préparer d'ici la fin de l'année.
Après cette entrevue matinale, Angelica, Anno, Feliciano, Barto et Elfi prirent congé, alors que Celso et Diego quittaient la cité. Ignacio, lui, rejoignit son échoppe et accusa une certaine surprise : un homme âgé, d'apparence bourgeoise, se tenait sur le pas de son échoppe. Anton Trier, un avoué de la guilde des imprimeurs.
Les deux hommes entrèrent dans le bureau, et sous des dehors cordiaux, une conversation tendue s'engagea.
- Je tiens d'abord à vous adresser mes plus sincères condoléances pour votre maître, Sergi...
- Mais je vous en prie.
- Hélas, vous êtes désormais seul ; et comme vous le savez, chaque apprenti a besoin d'un maître.
- Et l'atelier ?
- Ma foi, en l'absence d'un propriétaire et utilisateur, l'atelier revient à la guilde qui en dispose ainsi qu'elle l'entend.
- Mais il s'agit de mon lieu de vie !
Ignacio semblait désemparé.
- Il y aurait bien quelque chose...
- Quoi ?
- Vous serviez Leones depuis votre enfance ; vous avez donc une certaine maîtrise. Je consentirai – et la guilde derrière moi – à vous octroyer le rang de Compagnon si vous passez maintenant l'épreuve de passage. La réalisation d'une œuvre en un mois, un octavo de préférence, et seul.
- Je passerai donc l'épreuve, trancha Ignacio d'un air ferme.
- A la bonne heure. Je ne vais donc pas vous retenir plus longtemps. Je vous retrouverai après la Messe du Prophète..
Le petit homme quitta rapidement la boutique et laissa l'imprimeur à ses occupations : aider sa voisine à traverser la rue, déneiger le pas de sa boutique, écouter les crieurs publics...
Au même instant, l'Alcazar voyait pénétrer en son enceinte un petit groupe hétéroclite ; une nouvelle parcourait la ville : le Don de Dalejo avait été victime d'une tentative d'assassinat, et Feliciano, Anno et Elfi espéraient négocier la possibilité de s'entretenir avec l'assassin.
Hélas, l'ordre très strict de le laisser dans sa cellule souterraine loin de tout contact humain ne leur laissa pas le loisir de parvenir à leurs fins. Il y avait certainement, d'après l'alcade, une raison de sécurité à ce confinement, mais même lui n'était pas au courant de cette dernière.
Rejoints par Ignacio quelques instants plus tard, les héros quittèrent l'alcazar. Comme l'énonçait un vieil adage : l'ennemi de mon ennemi est mon ami, ils prirent la décision de libérer le prisonnier avant son exécution.
La nuit tombée, après qu'ils eurent creusé et camouflé sur la route qu'emprunte habituellement le chariot des condamnés une ornière, le petit groupe approcha discrètement l'alcazar.
Feliciano et Barto, l'expérience aidant, tenteraient de s'infiltrer à nouveau dans le palais fortifié ; Ignacio, Anno et Elfi investiraient, eux, les écuries afin de saboter l'attelage du condamné. Se fiant aux calculs d'Elfi, le groupe de saboteurs agit discrètement, pendant qu'à l'intérieur retentissaient des coups de feu. Le noble avait été repéré à l'intérieur de l'alcazar, et lorsqu'elle vit plus d'une demie douzaine de soldats entrer dans la place, Elfi jugea qu'il était temps d'apporter son aide à Feliciano et Barto. Elle pénétra à son tour dans le bâtiment, profitant de la confusion.
Feliciano faisait maintenant marche arrière avec son palefrenier, jouant du fouet pour provoquer la chute de leurs opposants. Ceux d'entre eux qui portaient des torches jouèrent de malchance. En tombant, ces dernières avaient enflammé leurs vêtement ; Feliciano dans sa fuite pris le temps de vérifier que ces blessures ne seraient pas fatales. Tuer des représentants de la loi lui posait un sérieux problème. Il tomba nez à nez avec Elfi, lui enjoignant de courir.
Téméraire, la jeune fille choisit de se dissimuler dans un coin sombre et attendis, comme elle l'escomptait que les gardes à la poursuite de Feliciano la dépassent. Elle se faufila en silence jusqu'à ce qu'elle devina être les geôles souterraines. Hélas, sous la pression et ne voulant pas être capturée par les gardiens de la cellule, Elfi ne continua pas plus loin et rebroussa chemin.
Dans l'impossibilité d'accéder au gibet qu'ils comptaient piéger aussi, la petite troupe fit demi-tour, se préparant à la périlleuse journée qui s'annonçait.
Acte 2 : … à te délivrer
Amordi 10 Decimus 1668
Le milieu de cette courte journée d'hiver approchait lentement. La nouvelle d'une exécution attirait toujours les foules, et celle de ce jour ne faisait pas exception. Massés sur la place, les habitants de Dalejo, Elfi parmi eux, attendaient l'arrivée du chariot. Le reste de la troupe suivait l'attelage, guettant la réussite ou l'échec de leur plan.
La charrette empruntait le chemin convenu, ce qui était déjà un soulagement. Un prisonnier aussi important aurait tout a fait pu forcer les soldats à prendre un itinéraire plus discret, voire à lui substituer un homme de paille.
Arrivés à l'ornière, Ignacio et el señor Anno étaient prêts à agir. Feliciano surveillait la scène depuis un toit proche et Barto suivait le cortège de loin, juché sur son destrier. Tous retirent leur souffle au passage du nid de poule. Et puis rien. Le chariot continua sa route.
Pris au dépourvu, les héros firent un choix prestement : Feliciano se jeta de son toit à l'intérieur de la charrette, tout fouet dehors, son long manteau claquant dans l'air frais de Decimus. Jouant de son fouet, le noble effraya les chevaux, qui se commencèrent à emporter l'attelage. Témoin de la chute du noble, la jeune Elfi n'avait pas perdu un instant et rejoignit le chariot juste à temps pour stopper les chevaux. Hélas pour elle, Ignacio enflammait au même instant la route à l'aide d'un puissant whisky des Highlands dans l'espoir de faire stopper les animaux lui aussi. La castillane se retrouva baignée de flammes, sans pour autant paniquer.
L'escorte de l'attelage, une dizaine de soldats, répliqua sans attendre, et bientôt la scène ne fut plus que confusion : la foule hurlait et la poudre grondait. La fumée aveuglait et la respiration de tout un chacun était peinée.
Anno et Ignacio sautèrent dans la charrette, rapidement suivis par Elfi qui pris la place du cocher.
- Fonce ! cria l'imprimeur à la jeune fille.
Un bruit sourd retentit derrière lui. Tabard azur, croix d'or et quatre roses emmêlées : un chevalier de la rose et de la croix, c'était bien leur veine. Tomber sur un défenseur de la veuve et l'orphelin le seul jour où ils effectuaient une action illégale. Ignacio profita de la secousse du départ pour se jeter sur l'homme et le faire chuter. Le clouant au sol, il lui fit comprendre du regard qu'ils n'agissaient pas pour le mal.
- C'est bon, il ne nous suivra pas, rassura Ignacio alors qu'il sautait à nouveau au côté du prisonnier.
- Nous avons notre homme, les autres prisonniers ont été livrés à la foule, ajouta Feliciano.
Après quelques minutes de cavalcade, les héros déchargèrent leur captif hors de vue, laissant l'attelage dériver dans de rues désertes. Tous se tournèrent vers le prisonnier.
- Je vous sais gré de m'avoir sauvé, commença le prisonnier libéré, mais je ne puis rester en votre compagnie.
- Vous n'avez pour l'instant pas le choix, répliqua Elfi. Que savez vous sur Berejano de Dalejo ?
- Vous devez me laisser aller. Faites moi confiance.
- Et qu'est-ce qui nous prouvera que vous êtes digne de cette confiance ?
- Où pourrons nous vous joindre ?
L'homme esquissa un sourire.
- Je saurais vous retrouver si le besoin s'en fait sentir, Feliciano.
- Connaitriez-vous un endroit sûr à Dalejo ? s'enquit la castillane.
- Sûr, oui. A Dalejo, non, je ne connais pas assez la ville.
Il griffonna une adresse sur un morceau de papier qu'il tendit à Elfi : l'Auberge de l'Oeil Vert, à trois jours en direction de Puerto de Sur.
Alors qu'il se dirigeait hors de la ruelle, Feliciano eut le temps d'apercevoir sous ses vêtement quelque chose de particulier. Une petite croix du prophète brute de forge, fait assez improbable, la finition de ces croix étant traditionnellement très importante pour les vaticins. L'instant d'après, l'homme avait tourné au coin de la rue, laissant dans l'expectative les quatre héros.
- Alors, annonça Elfi, on se rend à l'Oeil Vert ?
Épilogue : bravade
Terdi 11 Decimus 1668
Laissant ses compagnons partir en avance, Feliciano avait décidé de mener quelques recherches sur l'homme en question. Aidé de Salvador, il était parvenu à identifier un vieil ordre chevaleresque, kreuzritter : les croix noires. Si le nom pouvait faire penser au noir de forge, telle la croix vu la veille, le lien semblait tout de même faible. Pour couronner le tout, les livres d'Histoire leur confirmait la disparition de l'ordre en 1411, lors de la bataille de Tannen en Eisen.
Les deux hommes se perdaient en conjectures lorsqu'un bruit résonna dans la bibliothèque déserte. La porte venait de se refermer sur un nouvel arrivant : Julian Berejano de Dalejo.
- Alors c'est donc ici l'un des sanctuaires ; ce... temple de la connaissance.
L'atmosphère était devenue glaciale en quelques instants.
- C'est ici que vous et vos amis absents vous réunissez après chacune de vos bruyantes incartades en ville... Il porta son regard vers les livres étalés et se saisit de l'un d'eux. Alors, quelles sont les lectures d'aujourd'hui ? « Et en son apocalypse, le chaos s'étendra. La barrière sera rompue et tous prendront possession de ce monde en flammes. » Oh quel joli conte de fée !
- Ca suffit, laissa doucement s'échapper Feliciano, la mâchoire crispée.
- Nous aurons l'occasion de nous revoir. Il ne faudra pas manquer le second acte. Cela va être... grandiose.
Puis il tourna les talons.
Le Gabier